La critique qui suit m'a été envoyée par un lecteur dont le pseudo est Vic Taurugaux.
Elle a été publiée sur divers forums.
Fantastique ! C’est le
qualificatif le plus approprié à la lecture de ta
trilogie. Fantastique, c’est aussi le genre
littéraire choisi si on voulait classifier les choses.
Ce travail impressionnant sur l’identité
féminine fourmille d’idées, de
multiples thèses ésotériques et ce
maquis touffu de pensées noires mais aussi multicolores se
retrouvent peu à peu débroussaillé par
l’enquête de Claire.
Pourtant, la «
clairière » enfin ménagée ne
peut faire oublier l’immense forêt qui
l’abrite ni le parcours original de ton raisonnement.
La littérature fantastique cherche à approcher le
côté mystérieux, sombre, obscur de
l’homme tout en faisant frissonner le lecteur. Eh oui ! Quels
sont donc ces monstres qui nous gouvernent ? Des œuvres comme
Dracula, Dr Jekyll et Mr Hyde ont grandement réussi
à entraîner tout un public vers le monde
étrange et inquiétant des désirs qui
nous animent. Plus près de nous, les sagas de Tolkien et
consorts nous font ressentir la complexité inouïe
de l’imaginaire humain quand il essaie, pour se comprendre,
de s’imaginer des mythologies. La magie où la
pensée magique propre aux enfants comme Harry Potter
n’est pas de trop pour approcher le chaos qui nous entoure.
En effet, est désormais visible à chacun via son
écran connecté sur Internet
l’extrême complexité du monde.
Complexité due à la multitude de rencontres
possibles que cet outil engendre mais aussi et surtout due à
la figuration qu’on peut donner alors à ces
rencontres. Amy est-elle une petite fille en plein désarroi
ou un virus informatique ? Anna Galore est-elle vraiment un auteur ou
une droïde téléguidée pour mieux m’inviter à partager un
plateau de fruits de mer ? Tout est possible et face à toutes
ces amitiés virtuelles comment un(e) parano peut-il
démêler le vrai du faux ? Prisonniers de nos
délires tout autant que de la réalité,
l’intention d’écrire demeure un bon
moyen de remettre toujours en cause notre regard sur
nous-mêmes et sur les autres. Du moins est-ce la croyance que
nous partageons, si je me réfère à tes
préfaces.
Mais dès qu’il s’agit
d’écrire sur l’âme humaine, se
décrivent alors bien plus volontiers celles des hommes. Il
est vrai que d’âmes, on en a attribué
aux femmes que depuis si peu de temps. Je me suis aperçu en
te lisant que c’est peut-être cela qui oppose (de
façon diabolique) le mystère divin au
mystère féminin. Le livre étant
d’abord un texte sacré. Il rend compte du divin et
par extension de l’homme. En effet, l’apologie du
mystère féminin (les femmes si
envoûtantes, si imprévisibles, futiles et
profondes à la fois, etc.) est toujours à double
tranchant. Autant est-il utile dans la panoplie de la
maîtresse qui doit bouleverser son amant, autant est-il
dramatique pour de nombreuses adolescentes ou femmes en perte
d’identité. Culturellement, une femme est
maintenue comme un être à part qui ne peut se
définir. Son livre, ses recettes de bonnes femmes,
c’est le grand Albert. Cela peut-être un statut
très valorisant à qui veut jouer la femme fatale
mais parfois douloureusement déroutant pour de nombreuses
intéressées. Mais, ça c’est
mon côté psy qui parle.
Or, la littérature explore très peu cette terra
incognita qu’est la femme. Combien de Jean Valjean pour une
Madame Bovary ?
Pourtant, dans le fantastique, il faut saluer le travail de ce grand
mathématicien qui a cherché à
résoudre la logique des petites filles : Lewis Caroll.
L’idée du non-sens
développée dans son œuvre pour faire
sentir du doigt qu’il existe d’autres
rationalités. Alice passe de l’autre
côté du miroir, mais n'y était-elle pas
déjà à une époque
où le miroir de la littérature était
essentiellement détenu par les hommes ?
Or, avec toi, c’est un auteur féminin qui part
à la découverte de ses sœurs. Ce
n’est pas si courant. Qui sont-elles si
différentes et si semblables à la fois ? Comment
se positionnent-elles (sans plan divin) face à
l’homme ? Sont-elles prisonnières de leur destin
ou porteuses d’avenir ?
Le grand problème de ces femmes est l’amour, la
vie et son corollaire la haine et la mort. Sur Internet
prolifèrent des sites gothiques, des forums
d’anorexiques où tchatchent nombre de filles qui
cherchent à communiquer sur elles, leurs amours et leurs
désarrois. On les reçoit de plus en plus dans nos
consultations médico-psychologiques, tirées par
des mères encore plus désemparées
qu’elles. Les gentilles petites filles sèchent le
lycée, se scarifient, s’assèchent les
veines et s’invitent dans les urgences des hôpitaux
pour bien faire comprendre à tous leur mystère
féminin : enfin elles saignent. Leur sang devenant alors
l’encre qui les signent. Le scandale qui fait que maintenant
elles sont femmes, le pouvoir qui en découle, d’un
battement de cil d’allumer et de brûler
l’âme des hommes et la déconvenue
inimaginable quand elles se font larguer.
Bien sûr, quoique leurs mères racontent pour se
préserver de plus grands malheurs, leurs filles ne sont pas
des sorcières. D’ailleurs, Lancelot,
l’éternel amoureux errant, pense
également comme moi : ce sont des fées. Et comme
toutes fées qui se respectent, elles ont leurs secrets
qu’elles doivent jalousement garder. Ainsi
Mélusine à Lusignan doit se retirer dans ses
appartements les jours de sabbat. Il n’est pas question alors
que son mari la voit. Bien sûr tout cela n’est pas
facile à ménager, des espaces féminins
qui ne seront pas violés. Les fées y arrivent
avec l’air de rien. Cela leur semble si naturel. Elles sont
à l’origine des grandes dynasties. Elles en
représentent la source. De cet endroit inconnu
d’où l’on vient puisqu’il faut
bien pour les familles que se perpétue un minimum
d’exogamie. Les jolies filles sont traditionnellement
chargées de cela. Faire se relier par des jeux
d’alliance les familles entre elles. Elles font liens avec
les étrangers. Elles les trouvent séduisants
malgré tous les dangers. Elles entraînent
également leurs Roméos hors de toute
bienséance. Marient les contraires. Renversent les
destinées. Accouchent d’un ordre nouveau. Mais
pour les familles et les civilisations sclérosées
et encombrées de trop de fantômes, cette alchimie
ne sera possible que par la très grande liberté
d’esprit donnée à leurs
filles…
Car, selon un proverbe malien, l’amour est la seule chose que
le partage grandit.
A te relire bientôt avec autant de plaisir dans "La Femme
Primordiale"…
Vic.
